Le Mont Kailash, la montagne sacrée de Shiva 

 

Si les montagnes sacrées ne manquent pas de par le monde, il y en a peu qui jouissent d’une importance symbolique et d’une puissance évocatrice aussi fortes que le Mont Kailash ! Imaginez que vous marchiez sur les hauts plateaux himalayens, avec à perte de vue, les plates immensités arides propres à l’ouest du Tibet. Quand soudain, telle une apparition, une  gigantesque montagne , véritable stupa minéral se dresse dans toute sa gloire, splendide et solitaire.
Touchées par les rayons du soleil couchant, ses neiges éternelles illuminent les étendues sauvages jusqu’aux frontières du Népal. Si comme disait Barrés : « Il est des lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère, élus de toute éternité pour être le siège de l’émotion religieuse », le Mont Kailash est indéniablement un de ceux là !

 

En route vers le mont Kailash
Du haut de ses 6 714, la montagne en impose mais  elle n’écrase pas le paysage. Il faut dire que le plateau désertique qui s’étend à ses pieds ne descend que rarement à moins de 5000 mètres. Nous sommes donc dans un espace particulier, un endroit  où l’air est pur mais rare et où l’homme n’est pas le bienvenu.
Un monde où le mal de l’altitude peut vous prendre à n’importe quel moment et vous tuer en quelques minutes. Le Yatra (pélerinage) du Kailash est réputé comme le plus difficile de tous, et si nombres d’hindous ou de bouddhistes rêvent de visiter ses pentes et d’en faire le tour ( la Khora en tibétain) au moins une fois dans leur vie, bien peu seront exaucés.

 

C’est que l’endroit est isolé et très difficile à atteindre. Il faut parfois plus d’une semaine en Jeep depuis Lhassa ou Katmandou sur des pistes de terre pour rejoindre les flancs de la montagne. Bien souvent, il faudra rebrousser chemin du fait de conditions météorologiques redoutables et imprévisibles. Cet isolement rehausse encore le charisme de la montagne. Sa visite ne peut être qu’un pèlerinage, un chemin initiatique où l’on est jamais sur d’arriver. Tout serait là encore question de karma… et de lâcher prise.

Le mont Kailash (montagne de cristal en Hindi) est  aussi appelé Gang Rinpoché par les tibétains. Le terme est intéressant car il souligne le caractère particulier de l’endroit, on pourrait le traduire par « le joyaux des neiges » mais aussi par  « la montagne gourou« . Le kailash ne se contenterait pas de rester planté là, il serait  vivant et enseignerait ceux qui ont des oreilles pour entendre… En Inde, dans l’esprit de tous, la montagne a une âme et est la gardienne de secrets spirituels. Sadhguru, un maître indien réputé affirme même que la montagne serait « la plus grande librairie mystique du monde » et que les  « plus profonds enseignements spirituels y sont entreposés sous forme d’énergie ».

 

Chiu Gompa and Mt Kailash

Le monastére de Chiu, avec au loin le Kailash prit dans les nuages.

Chez les hindous,le mont Kailash est le trône de Shiva et de sa compagne Parvati. Chez les tibétains celui de Demchog et de Dorje Phangmo, les divinités représentant l’union de la sagesse et de la compassion.Il est aussi le mont Mérou, l’axis mundi, l’axe du monde, la colonne vertébrale de l’univers.
Nombres de yogis y voient le  Sahasrāra du monde, le chakra supérieur qui couronne le haut de la tête.Seuls ceux qui peuvent maintenir leur niveau de conscience assez haut pourraient séjourner autour du Kailash. Les âmes faibles effrayées par la solitude et submergées par les désirs mondains ne pourraient que fuir les lieux rapidement.

 

Les Rishis (sages) du passé ont depuis longtemps reconnu dans la géographie des lieux  un mandala naturel à haute portée symbolique. Au pied de la montagne, deux larges lacs dans lesquels les nuages se reflètent sont souvent comparés au Soleil et à la Lune.

 

Le plus connu, le Manasarovar est vénéré depuis des temps immémoriaux. Il représente les eaux primordiales de l’univers.
Il symbolise la lumière, le soleil tandis que le Raksastal est la demeure des puissances des ténèbres. Il est d’ailleurs fui en général par les pèlerins sauf par quelques tantriques de la « main gauche ».

 

Ajoutez à cela le fait que quatre des plus grands fleuves asiatiques naissent dans la région (le bhramapoutre, la Karnali, l’Indus et le Sutlej) et partent pratiquement vers les quatre points cardinaux et vous pourrez vous faire une idée de l’importance symbolique de l’endroit.

 

Tout au long de l’histoire, les vallées et les grottes du Kailash ont accueilli nombres d’ermites et yogis indiens et tibétains comme le légendaire Milarépa.. De nos jours il n’est pas rare de rencontrer des sadhus ( ermites itinérants hindous ) venus passer les mois d’été là, après avoir traversé la grande chaîne himalayenne.Peu vêtus et les pieds nus ils aiment à venir pratiquer leur ascèse ici avant de regagner les plaines chaudes du sous-continent indien. Nombres de yogis tibétains pratiquent toujours dans les grottes et les abris des environs et quatre monastères détruits pendant la révolution culturelle, ont été récemment rénovés.

 

Sur les bords du lac Manasarovar, des pierres sculptées de mantras.

Sur les bords du lac Manasarovar, des pierres sculptées de mantras.

Malgré les changements de mentalité et la modernité,la montagne fait toujours rêver, fantasmer même…Quelques théories étonnantes sont récemment apparues. Selon certains le mont Kailash serait une gigantesque pyramide cachant une ville-monastère. Pour d’autres, une base Ovni ultra secrète et pour d’autres encore, la porte vers Shambala et le royaume mysterieux d‘Agartha.


Aujourd’hui comme hier le Mont Kailash reste un objet de fascination !

 

Comment aller au Kailash ?

 

Il y a trois solutions: Par la route de Lhassa, par la route de Katmandou ou par Kashgar.


La plupart des voyageurs qui utilisent la route de Lhassa ou de Katmandou le font par la voie légale. Ils vont le plus souvent réserver leur place dans les nombreuses agences de voyage de ces deux villes. Ils ont ainsi la garantie d’obtenir le travel permit et d’être prit en main jusqu’à la destination finale mais le coût peut être prohibitif. Comptez une quinzaine de jours de voyage aller retour au minimum. Mais attention, rien ne garantit le succès, comme partout en montagne, c’est la météo qui décidera et nombre de voyageurs ont dû rebrousser chemin, parfois tout près du but.

 

Vous pouvez aussi tenter de vous rendre en stop de Lhassa jusqu’a Darchen. Mais soyez prévenus, le stop n’est pas bien vu par les autorités et comme le Kailash se trouve sur une zone à accès restreint, il faudra aussi passer les nombreux checks-posts de l’armée chinoise en faisant de larges détours car vous serez dans l’illégalité. Les camionneurs chinois ont ordre de ne pas prendre de touristes donc il faudra s’armer de patience et si possible parler la langue. Une option  pour les voyageurs expérimentés seulement ! La route de Kashgar est encore plus problématique mais un vrai défi pour les âmes aventurières et débrouillardes.

 

                                                                                                         source : Yoganova, 2014